mardi 20 septembre 2011

Le silence à écouter

Il y avait du temps de grand-maman
des fleurs qui poussaient dans son jardin
le temps a passé seules restent les pensées
et dans tes mains il ne reste plus rien

qui a tué grand-maman, est-ce le temps

où les hommes qui n'ont plus l' temps
d' passer le temps?
la la la la la la...

il y avait du temps de grand-maman

du silence à écouter
des branches sur les arbres, des feuilles sur les branches
des oiseaux sur les feuilles et qui chantaient

le bulldozer a tué grand-maman

et changé ses fleurs en marteaux-piqueurs
les oiseaux pour chanter ne trouve que des chantiers
est-ce pour cela que l'on te pleure?

qui a tue grand-maman, est-ce le temps

ou les hommes qui n'ont plus l' temps
d' passer le temps?

Ces paroles chantées par Michel Polnareff résument l’état de mon esprit qui a sombré dans une torpeur foudroyante. Mais parfois le silence remplit tellement plus que les mots. Le silence donne sens au mot. Ce silence Marc-Alain Ouaknin le définit comme vide. Lorsque j’ai lu ces lignes, je fus surprise. Comment les mots, le langage, la pensée sont-ils vides ? Comment est-ce possible de dire qu’un mot est vide de sens ?  Tout simplement parce que je ne voyais pas les espaces entre les mots comme un vide mais comme un silence. Magie de l’herméneutique, je me réfugiais derrière le silence qui n’est finalement qu’un vide prêt à rebondir, à reprendre son souffle pour nous insuffler son nouvel air. Et la chanson reprend de plus belle. Le silence que j’écoutais ces derniers jours était une douleur annuelle, un fardeau que je traine chaque année : un deuil. Et aujourd’hui, poursuivant la lecture du livre d’Ouaknin , « Bibliothérapie », j’arrive à un passage où il fait mention de la fête que l’on fait à diverses occasions. Par exemple, on fait la fête à un mariage pour oublier la déprime de la vie de célibataire à laquelle on renonce non sans angoisse. Pour résumé, on fait la fête pour ne pas sombrer dans la déprime et permettre ainsi au vide de céder sa place pour un nouveau sens. Cette phrase m’a illuminée de bonheur tout comme les petites phrases de mes amis qui m’aident à remonter la pente raide du moral oscillant, yoyotant à certains moments. Alors faisons la fête entre nos silences, le vide rentre et part, le mot s’installe mais parfois il est bon de faire le ménage et de faire le vide pour non point nettoyer le mot mais lui trouver une nouvelle voie. Finalement hébraïque ou bouddhiste, le vide a son mot à dire.

3 commentaires:

  1. Il fallait un commentaire vide en réponse à ce message. Pas tant comme une provocation mais plutot comme un "Magritte".

    Peut-être l'avez-vous déjà fait, recevoir la lettre d'un ami et la glisser dans sa poche sans l'ouvrir... pas encore... pas tout de suite.
    Puis déambuler dans les rues, les parisiens passeront par les boîtes des bouquinistes avant de s'assoir dans un café du Quartier Latin et au milieu d'une foule indifférente qui passe, enfin s'immerger dans les mots.

    Cela n'a été que silence et pourtant, pendant ce silence on pense à l'autre. Le silence suivra et il sera lui aussi rempli d'attente, de composition et peut-être du même rituel à l'autre bout monde.

    Ne rien se dire et se comprendre, magie de l'instant.
    Le message débute par de la musique, ces lignes s'achèvent par quelques notes. J'ai un faible pour les enregistrements acoustiques dans les Studios d'Abbey Road, je n'ai pas trouvé de performances de Lisa Gerrard, but... do you know Nerina Pallot ? Well, try to listen to a song called "Idaho". Who knows, you might like it.

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  2. Très enrichissant ce commentaire vide. :-) Effectivement, Magritte joue avec les images du monde comme d'autres jouent avec les mots. Monde sensible, monde des idées, le tout en un.
    et ces mots que l'on tient au chaud, comme des pierres précieuses tellement leur lumière nous éblouissent de bonheur parce que leur provenance vient d'une mine qui a pour siège l'amour, l'amitié.
    Bon le répertoire de Lisa Gerrard n'a plus de secret et j'apprécie toujours de la reécouter. En revanche, Nerina Pallot était une inconnue il y a encore quelques secondes. Elle me fait penser au James Morrison en féminin.

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Hommage à Frida Kahlo

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Peinture huile 2011